J'avais prévu attendre jusqu'à ce que les Sénateurs d'Ottawa soient officiellement éliminés de la course aux séries des éliminatoires pour fair mon post-mortem sur eux, mais entre vous et moi, on est conscient que l'équipe ne sera pas en éliminatoires. Et avec la plus récente annonce du congédiement de Guy Boucher en tant qu'entraîneur-chef des Sens, je sens que le moment est venu de faire mon résumé tout de suite. 

Ce que je ressens en ce moment n'est pas de la colère, mais de la tristesse. Car si vous ressentez de la colère envers une organisation comme les Sénateurs d'Ottawa, c'est parce que vous préoccupez de cette équipe et que vous l'aimiez. De mon côté, je suis triste. Triste, parce que je suis un témoin de la descente aux enfers de cette organisation. Triste, parce que j'ai vu joueur étoile après joueur étoile quitter l'organisation au cours de la saison actuelle. Triste, parce que l'organisation des Sénateurs n'essaie même plus d'être préoccupée envers ses partisans, ou même par l'équipe sur la glace.

En temps normal, j'aurais invectivé l'organisation au complet pour sa gestion à travers les récentes années, mais ne vous attendez pas à ce que je prenne cette voie pour ce billet. Car ce qui se passe avec les Sénateurs me rend triste. En tant que partisan d'un rival de division, je sympathise avec les partisans des Sens. Ce qu'ils sont en train de vivre n'est pas normal. À leur place, je serais découragé par ce qui se passe dans l'organisation.

En 2017, les Sénateurs avaient de quoi donner espoir à leurs partisans. Ils avaient des joueurs comme Erik Karlsson, Mark Stone, Kyle Turris, Mike Hoffman et un Craig Anderson en grande forme. Des joueurs de soutien en Marc Methot, Jean-Gabriel Pageau, Zack Smith et Ryan Dzingel. Ils avaient disposé des Bruins de Boston et des Rangers de New York au cours des deux premières rondes. Ils étaient même à un but d'aller en finale de la Coupe Stanley. Mais hélas, les Penguins avaient d'autres plans. 

Ce qui aurait dû être l'année de rédemption en 2018 s'est transformé en cauchemar. Ou plutôt au début de leur cauchemar. Cette descente aux enfers a commencé avec ce qui était supposé comme une transaction qui devrait améliorer la position de centre. Les Sénateurs avaient acquis Matt Duchene, malheureux au Colorado. En retour, les Sens donnent leur choix de première ronde en 2019, le gardien Andrew Hammond, Shane Bowers et leur choix de 3e ronde en 2019. Les Predators de Nashville, qui étaient également impliqués dans la transaction, ont reçu des Sénateurs Kyle Turris et ont donné à l'Avalanche le jeune défenseur Samuel Girard.

Vous connaissez la suite. La transaction a tourné en défaveur aux Sénateurs et ce, depuis le début. L'équipe, au lieu de progresser, s'est mise à piquer du nez et elle a raté les séries de 2018. Erik Karlsson a joué le pire hockey de sa carrière, Bobby Ryan avait régressé davantage et Craig Anderson était devenu une passoire. Les blessures à Mark Stone et Derick Brassard n'avaient pas aidé la cause nom plus. Ce que je n'avais pas mentionné, c'est que les Sénateurs avaient perdu Marc Methot au repêchage d'expansion des Golden Knights de Vegas. Cela a peut-être contribué au ralentissement de Karlsson, ou encore est-ce les blessures. 

Cette saison, c'est encore pire. Oubliez la vente de feu, c'est l'équipe tout entière qui est en train de se détruire en petits morceaux. Pour cela, une grande partie du blâme revient à Pierre Dorion.

M.Dorion, au nom des partisans des Sénateurs d'Ottawa, je vous demande : Qu'est-ce que vous faites ? À quoi vous avez pensé ? En ce moment, tout ce que vous avez fait, ou presque, a contribué à affaiblir les Sénateurs d'Ottawa. 

Il y'a l'échange de Mike Hoffman, que vous avez envoyé aux Sharks de San José en retour de Mikkel Boedker, Julius Bergman et d'un choix de 6e ronde en 2020. Mon problème, ce n'est pas ce que vous avez en retour... c'est ce que les Panthers de la Floride ont donné aux Sharks pour acquérir le même joueur que vous avez transigé quelques heures plus tôt. Doug Wilson, voyant l'opportunité d'acquérir quelques choix supplémentaires, a eu un bien meilleur retour d'investissement avec un choix de 4e et 5e ronde en 2018 et un choix de 2e ronde en 2019. Pour les besoins de l'exercice, je ne vais pas mentionner la controverse impliquant la petite amie de Hoffman avec la famille d'Erik Karlsson.

Parlant de Karlsson, le retour est un peu plus intéressant, avec Josh Norris, Rudolfs Balcers, Chris Tierney, Dylan Demelo, un choix de 2e ronde en 2019, un choix conditionnel de première ronde, visiblement en 2020, un autre choix conditionnel en 2021, dépendamment si les Sharks gardent Karlsson et/ou s'ils remportent la Coupe Stanley, et un autre choix de première ronde conditionnel en 2022 si Karlsson se retrouve dans une équipe de la Conférence de l'Est. En ce moment, Erik Karlsson et les Sharks vont bien, donc le pourquoi que le choix conditionnel en première ronde risque d'être en 2020. Josh Norris, un ancien choix de première ronde des Sharks en 2017, s'aligne avec les Wolverines de l'Université du Michigan dans la NCAA et il a 19 points en 17 matchs cette saison. Balcers a actuellement 6 points en 19 matchs avec Ottawa cette saison. Tierney, en fait, connaît la meilleure saison de sa carrière avec 41 points en 64 matchs. Dylan Demelo est le meneur actuel de l'équipe avec un différentiel de +11. Il ne reste qu'en ce moment, aucun de ces joueurs ne sont au niveau d'Erik Karlsson. Même qu'en plus, l'équipe est encore pire par rapport à la dernière saison.

Mais à l'approche de la date limite des transactions, M.Dorion, vous êtes parvenu à aller beaucoup plus bas. Dans le fond, la transaction Matt Duchene aura été une catastrophe du début à la fin. Le choix de première ronde de cette saison que vous avez donné à l'Avalanche ? Ils vont utiliser cette sélection pour repêcher soit Jack Hughes, soit Kappo Kakko, dépendamment de la loterie du repêchage. Et juste pour tourner le fer dans la plaie, vous avez échangé Duchene aux Blue Jackets de Columbus en retour Vitaly Abramov, Jonathan Davisson, leur choix de premier tour en 2019 et un choix conditionnel de 1er tour en 2020 si Duchene accepte de rester à Columbus. Bon, c'est mieux que rien, mais le simple fait de ne pas pouvoir garder Duchene fait en sorte que la transaction pour l'acquérir a été un échec sur toute la ligne.

Ryan Dzingel, un joueur en pleine progression, a lui aussi prit le chemin de Columbus. Le retour d'investissement ? Anthony Duclair, un choix de 2e ronde en 2019 et un autre choix de 2e ronde en 2020. Considérant la production de Duclair, je crois que vous, M.Dorion, n'avez pas réussi à acquérir la pleine valeur en retour de Dzingel. 

Il ne reste plus que Mark Stone. C'est lui votre futur capitaine. C'est lui qui va devenir le visage de la franchise au cours des prochaines saisons. Et qu'en faites-vous ? Lui faire subir le même traitement que les Karlsson, Duchene, Hoffman et Dzingel avant vous, soit le transiger à une autre équipe. Les Golden Knights vous ont peut-être donné Erik Brannstrom, Oscar Lindberg et leur choix de 2e ronde en 2020, mais c'est cette transaction qui m'a mis au tapis. Et pas dans le bon sens du terme.

En gros, vous êtes passé à un but de faire la finale en 2017... à ça. À ne pas garder ni Erik Karlsson, ni Mike Hoffman, ni Matt Duchene, ni Ryan Dzingel, ni même Mark Stone. Je peux comprendre que c'est important d'avoir des bons jeunes joueurs pour bâtir l'avenir, mais si vous n'avez pas de bases solides, ça sert à quoi ? À partir de maintenant, c'est qui le visage de la franchise ? Thomas Chabot ? Brady Tkachuk ? Cody Ceci ? Pire encore, Bobby Ryan ? Ça les aiderait beaucoup si les joueurs que j'ai mentionnés précédemment, ou à tout le moins quelques uns d'entres eux, seraient resté. 

Oui, Guy Boucher a perdu son emploi d'entraîneur-chef, mais est-ce vraiment de sa faute s'il n'a pas de joueurs étoiles sur qui il peut se fier ? Sérieusement ?

Il est vrai que Pierre Dorion mérite d'être blâmé en grande partie, mais une autre grande partie du blâme revient au propriétaire, Eugene Melnyk. Oui, encore lui.

Je vais commencer par vous dire que M.Melnyk ne se situe pas nécessairement dans une mer d'argent. Sa valeur est estimée à 1,15 B$ CDN en 2017, parmi les propriétaires les moins riches dans la LNH. Ça explique sans doute en partie pourquoi il hésite tant à sortir le chéquier pour signer des ententes lucratives avec ses joueurs. Mais entre vous et moi, est-ce que ça excuse vraiment les plus récentes controverses l'impliquant au cours des derniers mois, ou des dernières années ?

Vous vous souvenez comment il a géré le dossier de Daniel Alfredsson ? C'est un joueur qui aurait dû passer toute sa carrière de hockeyeur avec les Sénateurs, mais Melnyk n'a pas voulu céder à ses demandes, ce qui force Alfredsson à jouer une dernière saison à Détroit. Une décision qui n'a vraiment pas plus aux partisans des Sens qui avaient longtemps suivi la carrière d'Alfredsson.

Que dire de la Classique du Centennaire en 2017 à Ottawa ? C'était l'occasion parfaite de promouvoir la ville d'Ottawa et de parler d'un nouvel amphithéâtre sur les Plaines LeBreton. Melnyk a plutôt fait le contraire. Non seulement il ne l'a pas fait, mais il a critiqué les partisans de son équipe et il a même évoqué la possibilité que les Sénateurs vont devoir déménager si les affaires continuent à mal aller. Et évidemment, il s'est fait ramasser par ces mêmes partisans.

Et comment oublier sa chicane avec John Ruddy, dont il est un partenaire d'affaire dans le groupe RendezVous LeBreton ? Ce qui était supposé être un pas en avant pour un nouvel amphithéâtre au centre-ville d'Ottawa a fait reculer l'avenir même de la franchise deux pas en arrière. Pourquoi ? Parce que Melnyk, qui espérait que le nouvel aréna lui arrive à ses cuisses sans payer un sou parce que souvenez-vous, ce n'est pas un des propriétaires les plus riches en ce moment, a décidé de poursuivre M.Ruddy pour la somme de 750 M $ en dommages et intérêts. M.Ruddy, ne se laissant pas faire, a décidé de faire une contre-poursuite de 1 milliard $ contre Melnyk. Résultat, le projet tombe à l'eau, la méditation ayant échoué aux dernières nouvelles. Retour à la case départ.

Le pire dans tout ça, c'est qu'il y a eu un moment où nous avons de la sympathie pour Eugene Melnyk. En 2015, il a dû être opéré d'urgence pour une transplantation du foie. Nous étions tous heureux qu'il soit encore en vie. Il a prit tout ce support, il l'a jeté dans les toilettes et il a tiré la chasse d'eau par la suite. Ce n'est qu'une des raisons parmi tant d'autres pourquoi les partisans des Sénateurs d'Ottawa le détestent.

Et tout ça, ça ne me rend pas fou de rage, mais ça me rend triste. Parce que cette équipe avait du potentiel pour faire de grandes choses avec les Karlsson, Duchene, Hoffman et Stone de ce monde. Et maintenant, aucun de ces joueurs ne sont à Ottawa. Même Guy Boucher y a passé. 

Selon moi, cette équipe n'est plus digne de préoccupation. Parce que si l'organisation ne s'occupe plus de ses partisans et même de ses joueurs... pourquoi faut-il se préoccuper d'une organisation qui s'en fout ? Poser la question, c'est y répondre. 

Dès ce passage de Pierre Dorion et de son hésitation, je savais que la saison allait être très longue à Ottawa. Mais pour être honnête avec vous, je ne penserais pas à ce que la saison allait être aussi mauvaise pour les Sénateurs. Pas à ce point-là.

Je pense que je vais m'arrêter ici avant que j'aille trop loin. Mais avant de vous quitter pour reprendre ma série sur le début de saison de la MLB, je veux vous dire ceci, partisans des Sénateurs : Vous êtes les partisans qui sont capables de prendre le plus de mauvaises nouvelles et qui peuvent malgré tout supporter leur équipe favorite comme si de rien n'était. Malgré les départs de vos joueurs favoris et votre haine envers Eugene Melnyk, vous êtes derrière les Senateurs à les encourager, pour le meilleur et pour le pire. Surtout que dès maintenant et pour les prochaines années, les joueurs sur la glace auront besoin de vous plus que jamais. Et pour ça, je vous lève mon chapeau.

J'espère pour vous que les choix au repêchage et les autres jeunes comme Josh Norris, Erik Brannstrom et Rudolfs Balcers, ainsi que Thomas Chabot et Brady Tkachuk, vont mener à des jours meilleurs pour cette organisation.