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RÉSULTATS

59 secondes qui changent tout

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MONTRÉAL - Nick Suzuki, Lane Hutson et même Martin St-Louis semblaient prêts à se faire battre. 

Avec un recul d'un but à combler, contre des Panthers de la Floride qui avaient limité le Canadien à trois petits tirs depuis le début de la troisième période, le Tricolore se devait d'être parfait pour se donner une chance de niveler le score en fin de partie.

Il ne l'a pas été. Mais alors là pas du tout. 

La passe affreuse de Mike Matheson qui a ramené le Canadien en zone neutre alors qu'il tentait de s'installer chez l'ennemi a fait bien mal. Le dégagement refusé dont s'est rendu coupable Patrik Laine quelques secondes plus tard a fait plus mal encore.

Avec 30 secondes à faire, une mise en jeu en territoire défensif, l'impossibilité de réclamer un temps d'arrêt pour reposer des joueurs qui étaient sur la glace depuis un bon moment déjà – les entraîneurs-chefs n'ont pas le droit de réclamer un temps d'arrêt après un dégagement refusé – l'issue du match semblait réglée... en faveur des Panthers.

« Tu te prépares à la défaite », a d'ailleurs convenu Martin St-Louis en parlant du défi qui se dressait devant son équipe avec seulement 30 secondes pour le relever.

Et comme ce sont les Panthers, par le biais de la lame du bâton de Sam Reinhart, qui ont gagné la mise en jeu en territoire du Canadien, le défi déjà colossal devenait presque insurmontable.

Puis soudainement : Boum!

Sam Reinhart qui avait si bien fait sur la mise en jeu initiale a eu la très vilaine idée de tenter de jouer au gardien de but. Bon! Il a bloqué le tir anodin de Lane Hutson, mais a renvoyé la rondelle tout juste à l'embouchure du but.

Et qui était là pour recevoir ce cadeau ô combien inattendu? Ô combien inespéré?

Nick Suzuki qui a poussé la rondelle tout doucement dans la cage désertée par Vitek Vanecek pour niveler le score avec 8,4 secondes à faire.

Chanceux? Brillant? Un mélange des deux?

Que faisait Suzuki devant le filet alors que rien ni personne ne pouvait croire une seconde que la rondelle viendrait le rejoindre?

Les Panthers, l'entraîneur-chef Paul Maurice en tête, prétendaient qu'il s'agissait d'une combinaison de malchance tombée sur les épaules de Sam Reinhart et de chance tombée du ciel au profit de Nick Suzuki.

Ce qui est un peu vrai, on doit l'admettre.

Mais Martin St-Louis a imputé au sens du hockey hors norme de son capitaine, le fait qu'il était une fois encore au bon endroit au bon moment.

« Nick a une intelligence hockey supérieure. Il ne pense pas comme les autres. En prime, il a les aptitudes nécessaires pour effectuer avec succès les jeux que son cerveau lui commande d'exécuter», que le coach du Canadien a plaidé avec une admiration évidente à l'endroit de son capitaine.

Que vous préfériez parler de malchance des Panthers, de coup de chance du Canadien ou de coup de génie de la part de Nick Suzuki, un fait demeure : les champions de la coupe Stanley ne se sont jamais remis du but offert au Canadien avec 8,4 secondes à faire en troisième. 

Car une fois en prolongation, ils semblaient encore tellement secoués qu'ils n'ont rien fait, ou pas grand-chose, pour priver Nick Suzuki de son deuxième but du match, son 25e de la saison, son huitième filet victorieux de l'année, son cinquième marqué en prolongation.

Des statistiques qui tendent à appuyer les propos de Martin St-Louis quant au brio de Nick Suzuki. Autant en matière d'intelligence hockey que de talent brut.

« Il y a peut-être quelqu'un qui nous aide en haut », a aussi philosophé Martin St-Louis qui a fait référence à sa mère décédée il y a quelques années.

Brendan Gallagher qui vient de perdre la sienne aurait pu faire la même remarque.

À moins qu'on ait assisté, mardi soir, à une autre intervention des fantômes qui venaient régulièrement hanter les rivaux du Canadien lorsqu'il évoluait dans le vieux Forum, mais qui se font beaucoup plus discrets depuis le déménagement au Centre Molson devenu Centre Bell au fil des ans.

Les séries confirmées?

Peu importe à cause de qui, peu importe à cause de quoi, les 59 secondes qui ont séparé la mise en jeu qui a mené au but égalisateur et le but de la victoire marqué en prolongation ont changé le cours du match.

Elles ont permis de couronner «la victoire la plus importante du Canadien cette saison», comme l'a admis un Martin St-Louis après ce gain dont il ne croyait plus beaucoup avec 30 secondes à faire en troisième.

La victoire la plus importante... jusqu'à la prochaine!

Mais ces 59 secondes ont peut-être changé plus que le cours du match. Elles ont peut-être changé le cours de la course vers la huitième et dernière place qui permettra d'accéder aux séries.

Les deux buts de Nick Suzuki, les trois passes récoltées par Lane Hutson permettent au Canadien d'éviter les contrecoups de la victoire des Blue Jackets qui l'ont facilement emporté (8-4) face aux Predators et du point récolté par les Red Wings à St. Louis malgré un revers de 2-1 en prolongation aux mains des Blues.

La course demeure serrée. Très serrée. Mais le renversement complet de scénario orchestré au cours des 59 dernières secondes du match – le Canadien a complété le balayage de quatre victoires aux dépens des champions en titre de la coupe Stanley – permet au Canadien de garder la position de commande qu'il occupe... pour le moment.

Avec encore huit matchs à disputer, dont cinq devant ses partisans, le Tricolore a les choses en main. Ou presque. S'il gagne ses matchs à la maison, il devrait être des séries.

Si le cerveau et les mains des Nick Suzuki, sans oublier son leadership, continuent à mystifier l'adversaire, le capitaine et son équipe devraient être des séries.

Si Lane Hutson continue à multiplier les passes savantes et à récolter des points comme il le fait, le jeune défenseur et le Canadien devraient être des séries.

Et si en prime, le Canadien reçoit le genre d'aide venue d'en haut qui lui a permis de transformer en victoire ô combien improbable la défaite honorable qu'il était sur le point d'encaisser aux mains des Panthers, mardi soir, eh bien là : les partisans et leurs favoris pourront se mettre à rêver non seulement aux séries, mais à la possibilité d'y connaître du succès.

Comme quoi les 59 dernières secondes du match de mardi, pas même une minute de jeu sur les 4440 disputées en temps réglementaires depuis le début de la saison, 4440 minutes auxquelles s'ajoutent les 31 min 17 s disputées au fil des 14 prolongations auxquelles le Canadien a pris part jusqu'ici ont changé bien des choses.

Comme quoi elles pourraient avoir tout changé.

Mais bon!

Il faudra d'abord éviter de perdre face aux Bruins de Boston demain soir au Centre Bell.

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