Vincent Arseneau, « tough en tab***** »
LAVAL – Ça ne pouvait pas avoir duré que 10 secondes.
Pas après tout ce qui avait été dit et écrit sur sa venue à Laval. Sa réputation, son furieux combat de l'année précédente contre Matt Rempe...
Sa première prestation devant la foule de la Place Bell n'allait pas être ruinée par un annulaire gauche disloqué.
Non.
Au tout début de son duel contre Kale Kessy du Crunch de Syracuse le 18 octobre dernier, le colosse du Rocket Vincent Arseneau a donc agi. Sans trop réfléchir.
« Je l'ai remis droit en plein milieu du combat. Je l'ai redressé tout de suite et j'ai recommencé à taper de la gauche. »
Douze fois. Avec sa main meurtrie, Arseneau a touché le casque de son rival à une douzaine de reprises, avant de se remettre à alterner avec son poing droit jusqu'à l'intervention des officiels.
« Mon doigt était redevenu tout croche. »
Arseneau a alors pris une grande respiration, fixé le plafond de son nouveau domicile et serré les dents.
😬
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Tough guy @Vincentarseneau pic.twitter.com/PnBcwfrfDe
« Ça m'était déjà arrivé il y a une dizaine d'années environ et le docteur avait juste tiré dessus. Alors, je ne sais pas... j'ai juste tiré dessus moi aussi. Mais je ne conseille pas ça à personne », relatait-il avec amusement, la semaine dernière.
« Il est tough en tab***** », se souvient d'avoir pensé son entraîneur-chef Pascal Vincent en observant le vétéran retraiter au vestiaire pour y subir les premiers soins.
« Le docteur n'était pas le plus de bonne humeur, mais j'étais sur l'adrénaline et ça n'a pas fait mal sur le coup, se justifie Arseneau. Quand tu as 10 000 personnes [qui te soulèvent], tu peux faire n'importe quoi. »
Ce genre de sacrifice corporel, le vétéran de 32 ans en fait depuis 12 ans maintenant chez les professionnels. Et il n'a pas fini.
Après 86 combats et d'innombrables percutantes collisions avec un rival ou la bande, Arseneau voue toujours le même amour pour son sport. Le même qui l'avait incité dès l'adolescence à quitter son havre, ses Îles-de-la-Madeleine, seul et à la poursuite d'un rêve qui pourchasse encore.
Manger ses bas
Arseneau n'avait que 10 ans quand sa mère et lui sont déménagés à Sainte-Foy afin qu'il puisse s'enrôler dans un programme sports-études de niveau atome.
« C'est vraiment là que j'ai pogné le goût de la compétition », se remémore l'attaquant de 6 pi 2 po et 223 lb.
Après un bref retour sur l'archipel, l'adolescent a de nouveau quitté celui-ci à l'âge de 12 ans, cette fois pour Mont-Joli, où il a été hébergé par une famille d'accueil alors qu'il peaufinait ses habiletés dans un niveau de jeu indisponible chez lui.
« Je ne le regrette pas, mais c'est sûr que ça a été des moments un peu plus difficiles. Je n'avais aucun de mes proches près de moi. »
C'est néanmoins ce qui lui a permis de gravir les échelons et d'atteindre la LHJMQ. Il y a joué trois saisons avec le Titan d'Acadie-Bathurst, avant de conclure son stage junior chez les Cataractes de Shawinigan, où il a disputé deux campagnes et conquis la Coupe Memorial en 2012.
Ignoré au repêchage de la LNH, Arseneau a néanmoins attiré l'œil d'un club de la LAH, les Monsters de Cleveland, qui lui ont offert un essai sur lequel il a sauté à sa sortie des rangs juniors.
L'attaquant a joué un total de 24 matchs avec ces derniers entre 2013 et 2014, devant rapidement se résoudre à aller se faire un nom avec les Cutthroats de Denver de la défunte Central Hockey League (CHL).
« Ça n'existe même plus, mais c'est une de mes plus belles années. Dans ce temps-là, je ne parlais même pas anglais. C'était : "Yes. No. Toaster". J'observais et j'écoutais, mais j'ai encore des connexions avec des gars avec qui j'ai joué là-bas. On avait perdu en finale de la ligue. [...] J'ai vraiment eu du fun. »
L'année suivante, les clubs de la CHL ont été absorbés par l'ECHL, où Arseneau a joué l'essentiel de ses quatre saisons suivantes, remportant deux fois le championnat du circuit, la Coupe Kelly, avec les Americans d'Allen.
« La plupart de mes chums qui ont joué deux ou trois ans dans l'East Coast sont revenus au Québec parce qu'ils étaient tannés. Là, je suis rendu à ma septième année comme régulier dans la Ligue américaine. Mais avant ça, je les ai mangés mes bas. »
N'empêche, Arseneau affirme retenir surtout du positif de son séjour dans l'ECHL, lui qui a entre autres marqué le but décisif de son premier titre avec les Americans.
« Le monde peut bien dire que c'est juste la East Coast, mais c'est parmi mes plus belles années en carrière. Quand tu gagnes un championnat, c'est un championnat. L'expérience que tu en soutires est précieuse.
« Quand on y pense, ici on a le déjeuner fourni, on a toute. Là-bas, on ne faisait tellement pas d'argent que c'était du McDonald's pour manger. On faisait de l'autobus, des trajets réguliers de 15-18 heures. J'ai réussi à passer à travers ça, alors je me dis qu'astheure, il n'y a plus rien qui me fait peur. »
La LNH, pourquoi pas?
Après six saisons complètes dans la Ligue américaine, l'attachant Madelinot a sauté cet été sur l'opportunité qu'il attendait depuis quelques années déjà, soit un retour au Québec avec le Rocket.
« On dirait que j'ai rajeuni de 4-5 ans depuis que je suis arrivé. C'est rare que tu te lèves le matin ici et que tu te dis : "Ahhh... ça ne me tente pas". Non, tu te dis : "Let's go, c'est game day et il va y avoir 10 000 personnes dans les estrades". »
Dans le vestiaire lavallois, c'est lui le doyen. Un rôle qu'il joue à la perfection selon l'entraîneur-chef Pascal Vincent.
« C'est un gars super humble qui a les deux pieds à terre. Il aime être dans une chambre de hockey, avoir du fun avec les boys. Amener cette légèreté-là dans une chambre où c'est intense tous les jours, ça crée un équilibre. »
EST-CE QUE TU VAS ÊTRE UN MUR
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ARE YOU GONNA BE A *** WALL AGAIN pic.twitter.com/gJmZEztuh3
Et sur la patinoire, bien sûr, il exerce son autre rôle. Avec fierté.
« Je pense que des joueurs comme moi, ça a sa place. Si tu veux gagner des championnats, gagner des coupes, ça prend des joueurs de troisième ou quatrième trio. »
Jumelé aux robustes espoirs du Canadien Florian Xhekaj et Luke Tuch en début de campagne, Arseneau a pu démontrer que sa contribution ne se résume pas à assurer la sécurité de ses coéquipiers les plus vulnérables. En dépit de blessures qui l'ont limité à 35 matchs, le no 18 a amassé 4 buts et 8 passes.
Un petit « allo » aux amis en passant
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« Il est capable de jouer, il nous a scoré de gros buts cette année. Il est certainement super important pour nous en échec avant, apprécie le pilote. [...] Je peux dire que si c'était moi, je donnerais le puck plus vite, ça c'est sûr. Je ne peux pas croire qu'un joueur sur la glace ne soit pas au courant que Vincent s'en vient en échec avant. C'est impossible. Même les bandes le savent. »
Tant que le corps coopérera, Arseneau promet de continuer à y propulser ses 223 lb à pleine vitesse pour barrer la route à un rival et aider la cause de son club.
« Le matin où je réaliserai que je ne suis plus capable, on en viendra à prendre une décision. Mais la santé est quand même bonne. J'ai la motivation. Je continue. »
En lorgnant la LNH.
« Mon rêve, c'est encore de jouer une game dans la Ligue nationale. J'y crois. Si je n'avais pas de rêve, si je n'y croyais plus, je pense que j'aurais un peu moins de motivation. »
L'après-carrière attendra donc encore. Il y aura peut-être la construction, pour laquelle il a eu la piqûre en construisant de ses mains et avec son père sa maison « à 80 % » sur ses terres du Gros-Cap.
Et, bien évidemment, il y aura toujours la pêche.
« Ça fait partie du sang d'un Madelinot d'avoir le pied marin », rappelle celui qui a complété deux saisons de pêche au crabe durant la pandémie de COVID-19, et qui ne dit jamais non à un ami sollicitant son aide pour aller lever des cages.
« La vraie vie, ce n'est pas jouer au hockey. On est vraiment chanceux de faire ce qu'on fait. Je l'ai réalisé à travers mes années d'expérience et c'est ce que j'essaie de partager aux plus jeunes. C'est le fun ce qu'on fait. »