Le contraste était frappant. Pendant que Francis Lafrenière se faisait recoudre le derrière de l’oreille gauche dans un vestiaire de fortune et que son intimité était cachée par un rideau noir pratiquement jamais fermé, Francy Ntetu s’amusait et paraissait frais comme une rose.
Pourtant, c’est bel et bien l’éclopé – qui portait également une attelle à la main gauche, – qui venait d’être déclaré vainqueur une quinzaine de minutes plus tôt de leur affrontement qui marquait le retour dans le ring du boxeur de Coteau-du-Lac après une pause de six ans.
L’instant de 10 rounds en finale d’un gala de New Era Fighting & Entertainment organisé samedi soir à la Nesra dans l’arrondissement du Sud-Ouest à Montréal, The People’s Champ a repris là où il avait laissé, comme si le temps ne s’était jamais arrêté. Comme si tout ce qui était survenu ces dernières années n’était finalement jamais vraiment arrivé.
Hormis une surprenante chute au tapis au cinquième round, Lafrenière (21-7-2) n’a laissé aucune marge de manœuvre à Ntetu (19-7) en se collant à lui tête première pendant tout le combat, l’obligeant ainsi continuellement à boxer contre les câbles et, surtout, en le matraquant de coups à rythme déconcertant pour quelqu’un d’absent depuis si longtemps.
Évidemment, cela n’a pas été toujours parfait, mais Lafrenière n’a pas volé sa victoire par décision unanime des juges (97-92, 96-93 et 96-93), sa première depuis celle contre Francesco Controni en septembre 2019 pendant une soirée au Centre Pierre-Charbonneau.
Reste qu’il a fait ce qu’il fallait pour s’emparer du titre nord-américain des mi-lourds du Canadian Professional Boxing Council (CPBC), mais surtout s’offrir un ultime combat, son « combat de championnat du monde », contre l’inimitable Jean Pascal le printemps prochain.
« J’ai mis un peu de temps à chasser la rouille, mais je suis content de ma performance, a dit Lafrenière après avoir reçu ses points de suture. Comme je montais de deux catégories de poids (Lafrenière a évolué chez les moyens pendant l’entièreté de sa carrière, NDLR), je ne voulais pas laisser la chance à Francy d’utiliser sa portée et ainsi me tenir à distance. »
« Je n’ai évidemment pas le temps de penser à ce genre de chose pendant le combat, mais dans les heures avant et pendant l’échauffement, je me suis vraiment demandé ce que je faisais là. Pendant que je me faisais recoudre également! Mais je suis là. Je ne recule pas. »
Lafrenière n’a en effet jamais reculé pendant les dix rounds, et même si son plan de match était hautement prévisible – il ne s’est jamais battu autrement – Ntetu a semblé désemparé.
« Je n’ai pas les jambes que lui a, donc ça lui permettait d’avoir un meilleur contrôle, même lorsqu’il ne faisait que se coller la tête et ne frappait pas a-t-il expliqué. Mon équipe ne comprenait pas du tout que si j’essayais de forcer avec mes jambes, j’allais me retrouver avec des spaghettis comme Renan St-Juste (un ancien rival de Lafrenière en 2016, NDLR).
« Physiquement, ç’a été difficile de prendre ma place. J’ai senti mon âge (43 ans, NDLR). »
Malgré l’analyse assez juste qu’il faisait de sa prestation, Ntetu était néanmoins convaincu de l’avoir emporté au moment de l’annonce de la décision. Il a notamment manifesté le désir de porter le verdict en appel, mais l’athlète originaire de Chicoutimi n’a pas de cause.
« Francis avait le contrôle du centre du ring, mais les gens qui regarderont le combat de près verront que je bloquais tous les coups à l’intérieur, a-t-il prétendu. Il y en a un qui est passé, sauf que j’ai bloqué les autres. Je n’ai d’ailleurs aucune marque autour de mes yeux.
« Ce qui me choque, c’est que c’est moi qui devrais affronter Jean Pascal. Il devrait m’accorder une revanche, parce que c’est moi qui mérite le combat. Il devrait y avoir des reprises à la boxe. Si tu regardes le combat, tu vois que je gagne. Je bloque tous les coups. »
« Le plan c’était d’affronter Francy et, si je le battais, d’affronter ensuite Jean, a répliqué Lafrenière. On verra si les plans changent, mais mon but, ç’a toujours été d’affronter Jean. »
Il n’y a aucun qu’un deuxième affrontement entre Lafrenière et Ntetu serait extrêmement intéressant, mais d’un autre côté, le temps passe et personne ne pourra jamais reprocher au premier de préférer croiser le fer avec celui qui a été l’un des meilleurs de sa génération.
Rolls trop rapide et trop fort pour Poulin
En demi-finale, Jan-Michael Poulin a fait tout son possible pour contenir Steven Rolls, mais l’ancien aspirant mondial était simplement beaucoup trop rapide et fort pour le Québécois.
Malgré une coupure à l’œil droit subie à la suite d’un coup de tête accidentel au quatrième round, l’Ontarien n’a jamais été inquiété et l’a emporté par décision partagée (98-92, 97-93 et 94-96) – un verdict qui ne représente pas l’allure du combat – pour devenir champion canadien des poids super-mi-moyens du Canadian Professional Boxing Council (CPBC).
Si les premiers rounds ont été effectivement serrés, les deux boxeurs passant énormément de temps à s’accrocher le long des câbles, Rolls (23-4) a pris ironiquement le large après sa coupure en parvenant à passer sa droite au fur et à mesure que les rounds se succédaient.
Poulin (10-3-3) a notamment été ébranlé dans les premières secondes du septième round après avoir encaissé un uppercut de la droite. Manquant de conviction dans ses frappes, il a par la suite laissé tout l’espace à Rolls, qui n’a jamais vraiment craint de se faire surprendre.
Autres résultats de la soirée :
Guillaume Gosselin (3-0-1, 2 K.-O.) bat Stéphane Barthelemy (1-1-1) par arrêt de l’arbitre à 2:24 du 1er round;
Hubert Poulin (4-1-1, 1 K.-O.) bat Facson Perrine (2-0, 2 K.-O.) par décision unanime (40-35, 38-37 et 38-37);
Omar Zaatiti Alieh (3-0, 3 K.-O.) bat Abdullad Randolph (3-3) par arrêt de l’arbitre à 1:50 du 1er round;
Christoher Missengue (3-1) bat John Ndurowomahoro (1-1) par décision majoritaire (39-37, 39-37 et 38-38);
Diizon Belfon (3-0, 3 K.-O.) c. Rodrigo Sepulveda (3-2-1) par arrêt de l’arbitre à 1:56 du 3e round;
Dante Tice Oliveira (1-0) bat Carl Demontigny (1-3) par décision unanime (40-36, 40-36, 39-37);
Kirill Bazhenov (3-0) bat Danilo Mano Teua (2-3) par décision majoritaire (39-37, 39-37 et 38-38);
Adam Fregonas (2-0, 1 K.-O.) bat Sergio Criado (0-2) par arrêt de l’arbitre à 2:28 du 3e round.
