TORONTO – Sur les quatre murs principaux et dans quelques recoins du Grand Hall du Temple de la renommée du hockey sont accrochées des dizaines de plaques commémorant la carrière des meilleurs joueurs de l’histoire. Il y en a tellement que pour aérer l’espace, on a inséré à des endroits stratégiques de ce glorieux périmètre les trophées remis annuellement aux joueurs par excellence de la Ligue nationale.
C’est une salle où des anciens comme Ron Francis, Mike Gartner, Lanny McDonald et Jeremy Roenick, qui y ont été aperçus samedi après-midi, sont considérés comme des membres de la famille.
C’est un endroit majestueux où Carey Price est à la fois parfaitement à sa place et où il ne pourrait être plus loin de son élément.
C’est toute l’histoire de la carrière de Price qui se rejouait en cette pluvieuse journée à Toronto, alors que l’ancien gardien du Canadien recevait sa bague de nouvel intronisé au Temple et plongeait du même coup dans un bain médiatique qui empoisonnait probablement un peu, à ses yeux, ce superbe cadeau qu’on venait de lui remettre.
Un talent qui en a fait un gardien sculpté sur mesure pour patiner dans les traces de grands hommes masqués portés aux nues avant lui à Montréal. Une personnalité qui lui donnait probablement plus souvent qu’autrement l’envie d’être ailleurs. Qui a oublié sa sortie au printemps 2013, lorsqu’il s’était comparé à « un hobbit dans son trou », confiné par choix à la discrétion de sa maison et nostalgique de son anonymat d’antan?
Price a été d’une grande générosité envers les médias de Montréal et d’ailleurs qui sont venus à sa rencontre. Ce n’est que vers la toute fin d’une mêlée de presse d’une trentaine de minutes que ses réponses ont commencé à raccourcir et ses yeux à chercher la porte de sortie. Son sourire laissait deviner une sincère reconnaissance pour cet immense honneur qui lui revient quatre ans et demi après son dernier match dans la LNH. Ses réflexions laissaient transparaître le sens de l’humour et ce côté pince-sans-rire qu’on lui a découvert durant sa carrière de 15 saisons à Montréal.
N’empêche, cette dualité mentionnée plus haut était dans tous ses gestes et dans toutes ses paroles au lancement d’un week-end pour lequel il s’est à quelques reprises avoué « dépassé ».
« Vous savez, je n’ai jamais réellement recherché l’attention à l’extérieur de mon demi-cercle. Je n’ai jamais été très bon pour accepter les compliments. Alors j’essaie simplement d’absorber tout ce qui se passe et de prendre le temps d’en profiter parce qu’il y a beaucoup de choses qui se passent. »
La façon dont il a raconté avoir appris qu’il ferait son entrée au Temple dès sa première année d’admissibilité résume parfaitement ce rapport qu’il dit entretenir avec la célébrité et les tapes dans le dos. Pendant que les autres membres de sa cuvée ont dit avoir attendu l’appel chez eux, à la maison, Price a avoué avoir complètement oublié qu’une aussi grosse nouvelle risquait de lui tomber dessus cette journée-là. L’annonce lui a été faite pendant qu’il était dans sa camionnette, dans une zone où la réception n’était pas fameuse, en route pour aller visiter sa grand-mère à l’hôpital.
« Je crois que ça m’a pris quelques mois avant de bien comprendre ce qui m’arrivait. Maintenant que je suis ici, ça me frappe vraiment. C’est quelque chose que j’avais hâte de vivre et maintenant que le moment est arrivé, c’est comme ‘wow!’ »
Quelques autres apparitions publiques sont à l’horaire de Price et de ses congénères au cours des prochains jours. Dimanche, il participera à une période de questions avec des amateurs et sera présenté au match entre les Maple Leafs et les Devils. Lundi, il marchera sur le tapis rouge et présentera son discours.
Les mots lui sont venus durant des séances d’écriture matinales qu’il s’est imposées alors que « les pensées se bousculaient dans ma tête », dit -il.
« Je crois que je vais prendre environ trois minutes et demie sur les cinq qui me sont accordées. Je n’ai jamais été du genre à parler plus que je le devais. »
Le fier natif d’Anahim Lake révèle qu’il a senti les émotions remonter à la surface pendant qu’il répétait son discours à la maison, mais il ne s’attend pas à avoir besoin de mouchoirs pour essuyer le trop-plein lors de sa livraison officielle.
Il ne promet rien, toutefois, pour la cérémonie qui lui sera consacrée mardi prochain, au Centre Bell, avant le match entre la seule équipe qu’il n’a jamais représentée et le Wild du Minnesota.
« J’ai vécu plus d’une soirée comme celle-là et je n’ai aucun doute que ça sera un moment spécial. Je serai probablement plus émotif à ce moment-là que je le serai ici. »